• Marie Robert

Ceci est un autre regard



Et si l’anthropologie nous aidait à comprendre comment les choses que nous croyons évidentes, naturelles, sont en fait des constructions ? Et si l’étude de l’être humain faisait apparaître nos mécanismes cachés ? C’est ce qu’il se passe lorsqu’on se penche sur le travail de Françoise Héritier ou celui de Priscille Touraille. Il s’agit par exemple de comprendre que la différence morphologique de poids et de taille entre l’homme et la femme n'est pas une question de nature mais dépend plutôt d'un accès à la nourriture. Depuis la préhistoire, les hommes, au moment de la chasse, ont pris pour eux les protéines, la viande, les graisses, tout ce qui est nécessaire pour fabriquer les os, tandis que les femmes, qui devaient rester sur place pour procréer, allaiter et s'occuper des enfants, ont eu accès aux féculents, à ce qui est calorique, et dès lors à ce qui donne des rondeurs. C'est cette alimentation différentielle qui, au fil des millénaires, a « anormalement » et progressivement produit une forte distinction corporelle. Aujourd'hui, dans les pays occidentaux, où les enfants des deux sexes ont accès à la même nourriture, la différence a tendance à se gommer. Mais il faudra encore des générations avant que les femmes atteignent leur réelle stature. Le propos n’est pas de nier le pouvoir des hormones, ni l’énigme prodigieuse qui se loge dans le dialogue entre le féminin et le masculin, encore moins de réduire l’individu à des particularités de genre, mais plutôt de revenir à nos habitudes ancestrales afin de saisir la manière dont elles nous ont façonnée.

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