• Marie Robert

Ceci est un art.


C’est la nuit. Dans l’obscurité, on entend des murmures sous les draps. Il est tard mais les paroles ne peuvent se résoudre au silence. Les langues se délient à mesure que les liens, eux, se fondent. Papoter, causer, tchatcher, jacasser, autant de termes pour décrire ce fil invisible qui nous permet d’accéder les uns aux autres. Discussions de l’enfance. Cafés interminables. Bavardages du quotidien. Narrations sans fin. Plus qu’une politesse, c’est à travers ces babillages que l’on se rejoint, que l’on s’apprivoise, et finalement que l’on crée ce troisième lieu qu’on appelle « relation », si on est capable de laisser de la place à l’autre, de l’écouter, et de construire en commun. Faire la conversation est un art, mais c’est également le socle de la transmission. Car converser c’est aussi faire perdurer. Nos mots parviennent à l’interlocuteur, qui les absorbe, les déforme, se les approprie, puis les fait jaillir à son tour en d’autres temps et d’autres lieux. Une longue chaîne se crée. Parfois floue et maladroite, mais charriant en elle des idées qui sont souvent précieuses. Au bout du compte, discuter, correspond à mettre en récit des problèmes, et affronter les conflits, en en parlant ensemble, constitue le premier enjeu du fonctionnement démocratique. Soudain, l’anodin devient enjeu. Alors espérons que les murmures ne s’arrêtent jamais et que les langues s’étourdissent d’humanité. Je vous souhaite une journée de palabres.

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