• Marie Robert

Ceci est un animal légendaire



Addict au sexe. Sulfureux. Humiliant. Déshonorant. Le dos soudé. La carrière ravagée. Alité pendant des mois, incapable de se déplacer. Accro aux médicaments. Orgueilleux. Scandaleux. Obsessionnel. Sans cesse paparazzé. Détestable et détestée. Flirtant mille fois dans les abîmes de la défaite. Le champ lexical de Tiger Woods est celui de l’enfer. Et la rédemption n’existe que pour ceux qui savent illusoirement dissoudre leur responsabilité. L’homme n’a rien d’un modèle, le condamner est de l’ordre de l’évidence. Mais sa victoire hier à Augusta, à 42 ans, nous interroge et confronte. Elle nous force à dissocier le travail de l’homme. Elle fait émerger une réflexion indispensable sur la détermination. L’idée que la puissance jaillit aussi des failles, qu’elle est un chemin à sans cesse déblayer. L’effort, l’entraînement et la projection. Triptyque indispensable. Faire de la force une volonté. Inutile d’amoindrir ses ombres pour reconnaître que son apprentissage se situe ici, dans la capacité à refuser une destinée factice. Nous sommes notre propre puissance. Nous sommes ce que nous décidons d’être. A l’aune de nos folies, de nos manques, de nos doutes, de nos peurs, de nos fragilités, de nos déchirures. C’est en considérant nos vices et nos faiblesses, en les acceptant parfois, que nous devenons des tigres impossibles à arrêter. « Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède » - Marguerite Yourcenar.

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