• Marie Robert

Ceci est un ancrage.


La formule est classique mais toujours aussi vénéneuse. Combien de grands-écarts dans une seule journée ? Etre ambitieux mais apprendre à vivre avec lenteur. S’investir auprès de ses enfants mais penser à soi. Etre curieux du monde mais ne plus prendre l’avion. Eviter le burn-out mais répondre aux mails en moins d’une heure. Ne pas se soucier de son poids mais être mince quand même. Etre créatif mais suivre les procédures. La liste est longue. Nous sommes sans cesse exposés à des messages, difficilement compatibles, qui s’entrechoquent dans nos esprits fatigués. Certes, nous sommes libres de ne pas les écouter ou de les fuir, mais parfois, presque malgré nous, ces propositions sèment la panique dans nos cœurs et viennent fragiliser une cohérence déjà précaire. La notion d’injonction paradoxale a été mise à jour sous l’impulsion de l’anthropologue Gregory Bateson en 1950. Il souligne le mécanisme qui consiste à placer un individu entre deux obligations, dont il ne peut satisfaire l'une sans désobéir à l'autre. La particularité insidieuse du phénomène est qu’elle confère le sentiment d'être dans une impasse, de mal faire, de n’être qu’impuissance. La porte de secours n’est sans doute pas la fuite, ni un idéal d’équilibre si culpabilisant lorsqu’on n’y parvient pas. Mais peut-être que pour faire face à cette curieuse oppression, à ces murmures intrusifs, nous pouvons-nous poser la seule question qui vaille : dans quelles conditions nous nous sentons vivants ? Est-ce en étant ambitieux ou lents ? Avec une tribu ou en duo ? Surchargé ou en déconnexion ? L’interrogation est plus ardue qu’il n’y parait. Elle n’est pas un exercice futile. Elle nous force à plonger dans le magma de nos propres contractions, et non dans celles de la société, elle nous conduit à verbaliser nos non-dits, nos tabous, nos désirs profonds, nos convictions, et dès lors, à les assumer. Plutôt que de crouler sous le poids de ses tensions absurdes ou d’en s’en lamenter, faisons d’elles des opportunités afin de préciser notre propos. L’occasion de nous aligner au lieu de faire le grand-écart. Je vous souhaite une journée où la vie s’infiltre dans vos questionnements.

1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout