• Marie Robert

Ceci est un album.


Ceci est un album. C’est étrange toutes les couches d’existence qu’on accumule dans une vie. Toutes les personnes que nous avons été, toutes celles que nous avons fréquenté. C’est drôle d’imaginer qu’il n’y a pas si longtemps, la cour de l’école maternelle nous donnait l’impression d’être un territoire immense. C’est curieux de se dire qu’il y a quelques mois à peine, nous étions heureux quand nos parents nous donnaient une permission de sortie. Et ça l’est encore plus de constater combien nous sommes sans cesse pris dans la valse du temps. Il y a des époques qui se lient sans jamais vraiment se côtoyer. Celles du lycée, du premier emploi, du premier appartement. Celles des mariages, des naissances, des deuxièmes enfants. Il y a ces instants indéchiffrables, ceux où les goûts changent, les habits changent, et les amitiés aussi. Nous traversons des strates, nous composons des formes abstraites avec les fragments qu’il reste. On avance, on oublie. Et de temps en temps, on tombe accidentellement sur une photo d’avant. On se demande qui nous étions alors et qui nous sommes aujourd’hui, quel dialogue silencieux se jouent entre les deux lorsque nous sommes endormis ? Qu’est-ce que cet avant raconte au présent et qu’est-ce que ce dernier lui répond ? Quelles trahisons, quels soulagements, quelles défaites, quelles libérations, se faufilent dans leur discussion ? On s’en veut parfois, on sourit souvent, on se laisse traverser par la nostalgie, ou peut-être, simplement, qu’on se félicite d’avoir su arriver jusqu’ici. Puis, on range la photographie, jusqu’à ce que notre présent devienne lui aussi une autre séquence de la valse du temps. « La buée des existences passées ne s’évapore pas : elle souffle dans nos vies et nous mène là où nous ne pensions jamais aller » écrit Delphine Horvilleur. Nous n’avons pas une vie, mais mille vies à conjuguer au présent. Je vous souhaite ce matin d’apprécier l’immensité de votre cour d’école. #Bonjour

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