• Marie Robert

Ceci est un équinoxe.


Ceci est un équinoxe. C’est une étrange effervescence. Fébrile, maladroite, farouche. C’est un enthousiasme timide qui éblouit. On a beau dire. On a beau faire. On a beau enrager. Le printemps est là. C’est d’autant plus flagrant que beaucoup d’entre nous ont le moral en berne. Et pourtant, le soleil pointe, les bourgeons éclosent, le vert revient. Il y a une étrange sensualité dans l’air, comme si la vie ne pouvait plus contenir son désir. Observer la nature nous impose toujours une forme d’humilité. Elle nous rappelle que les cycles se répètent et qu’il en va ainsi du temps. Mais il y a quelque chose d’encore plus bouleversant, c’est le dialogue entre le printemps et l’hiver. L’éclosion est à la mesure de la disparition. Les feuilles poussent à l’endroit même où d’autres sont tombées. Et la terre se gorge de promesses, là où elle fut glacée. Je crois que je pourrais éclater en sanglots à l’idée même d’écrire ces mots. Hier, j’écoutais une interview de Delphine Horvilleur, et sa pensée est venue s’emparer de moi : « On dit toujours qu’on se construit sur du solide, moi je ne crois pas, on se construit sur une faille, on se construit sur du cassé, on se construit sur une faillite ». Il ne s’agit pas de colmater, ni de réparer, ni de nier. A l’inverse, il s’agit de vivre avec. De construire sur cette vulnérabilité, et de ne pas croire qu’aux édifices robustes, mais bien plutôt, aux édifices vivants. Ceux qui ont gelé pour renaître, ceux qui ont perdu pour s’élever. Quels sont les morceaux de verre brisés qui crissent sous nos semelles ? Quels sont les chagrins qui nous fondent ? Quels sont les appels qu’on a pas reçus ? Quels sont les mots qu’on a pas pu dire ? Quels sont les maladies qui ont dévasté notre santé ? Quelles sont les difficultés financières qui nous ont pris à la gorge ? Quels sont les mensonges et les secrets qui nous ont rongés ? Quels sont nos très grandes tristesses ? En honorant nos faillites, on laisse la sève circuler dans nos veines, on laisse nos hivers devenir des printemps. Je vous souhaite de faire valser les quatre saisons. #Bonjour

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