• Marie Robert

Ceci est un élan.

Ceci est un élan. Hier, j’ai demandé à une lycéenne en classe de terminale ce qu’elle avait envie de faire l’année prochaine. Aussitôt posée, j’ai regretté ma question, aussi ennuyeuse que convenue, mais c’était trop déjà trop tard. Après quelques secondes de silence, en soupirant, elle m’a répondu par cette phrase qui, depuis, hante mon esprit : « Je n’ai envie de rien ». Alors bien sûr, je connais les rivages de l’adolescence, les raisons pour lesquelles l’horizon semble un peu vain. Pourquoi quitter ce territoire de possibles et trancher dans le vif de l’existence en commençant des cursus aux noms énigmatiques et en suivant des cours dont l’intérêt touche parfois au néant ? J’ai d’abord pensé qu’elle n’avait pas tort, que se laisser glisser dans la vie, c’était aussi une manière d’y faire face. L’envie, classiquement définie est l’expression d’un manque. Elle se manifeste lorsqu’on est privé de quelque chose vers quoi on tend. De ce point de vue, « ne pas avoir envie » n’est ni triste, ni déraisonnable, c’est peut-être simplement que cette jeune fille est comblée et qu’elle s’arrête là, même si son chemin a à peine commencé. J’ai longuement réfléchi à cette perspective. Faut-il « avoir » envie ? Faut-il « donner » envie ? Est-ce qu’on est condamné à être immobile si on ne ressent pas cet élan premier ? Faut-il se forcer et à quel prix ? Loin de moi l’idée de faire l’éloge de la contrainte et du non-consentement, il y a des domaines où les limites de notre envie sont reines. Cependant, parfois, dans certains contextes, les plus belles choses nous arrivent, non parce qu’on en a eu envie, mais parce qu’on s’est mis en mouvement, parce qu’on a osé l’aventure. Et je crois qu’il y a aussi des envies qu’on ignore, des évidences qu’on découvre après coup. Je fais partie de ceux qui se sentent trop imposteurs ou trop superstitieux pour formuler des envies, mais je n’ai jamais cessé de faire, de répondre, de tenter, de bouger. J’ai aimé ou détesté, mais j’ai pu me positionner et avancer. Ce matin, j’aurais aimé prendre cette jeune fille dans mes bras et lui dire qu’à défaut d’envie, il lui reste à se faire confiance. Je vous souhaite un pas après l’autre. #Bonjour


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