• Marie Robert

Ceci est un édredon.


Ceci est un édredon. La première fois que je suis tombée sur cette œuvre de l’artiste Sophie Calle, j’étais au Lycée, mais je me souviens encore parfaitement du choc suscité par sa découverte. Il faut dire que son projet « Les dormeurs » est particulièrement énigmatique. Il commence par ces mots : « J’ai demandé à des gens de m’accorder quelques heures de sommeil. De venir dormir dans mon lit. De s’y laisser photographier. De répondre à quelques questions. J’ai proposé à chacun un séjour de huit heures. (…) Vingt-neuf personnes ont accepté de venir dormir. (…) Je prenais des photographies toutes les heures. Je regardais dormir les hôtes ». S’en suit un ensemble très énigmatique, composé de photos, elles-mêmes accompagnées de semblants d’interviews. En retombant dessus, je me suis demandée pourquoi le sommeil était quelque chose de si fascinant. Nous parlons tous du sommeil, aujourd’hui plus que jamais. Parce que nous en avons besoin, parce que nous en manquons, parce qu’il nous angoisse, parce qu’on y rêve ou qu’on y cauchemarde. Quoiqu’il en soit, le sommeil n’est pas neutre. Au-delà de ses fonctions biologiques, il est un espace symbolique extrêmement fort. Comment dormons-nous ? Avec qui ? A quel rythme ? Habillé de quelles espérances de réparations ou de performances ? Pourquoi avons-nous tant de mal à aller nous coucher, à lâcher nos écrans, même dans l’épuisement ? Je fais partie de ceux terriblement angoissés par l’endormissement, et soulagés par l’aube, comme si dormir, c’était concéder quelque chose. Et c’est peut-être ici que quelque chose se joue. Le sociologue Emile Durkheim l’analyse ainsi : « Le relâchement psychique du sommeil semble bien être dans un repos de la volonté. Cette faculté, dans la veille, est toute puissante, toujours active. Pendant le sommeil elle se repose, se retire de la vie militante. Elle allège nos autres facultés du joug qui pesait sur elles ». Et si c’était ça le plus fou ? Accepter ce rien, ce blanc épais, ce vide que rien commande, cette lourdeur ou cette insomnie, qui sans nous demander notre avis, nous emmène jusqu’à une nouvelle lumière. Le plus artistique des sujets. Je vous souhaite de vous coucher tôt. #Bonjour

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