• Marie Robert

Ceci est tout ce que je vous souhaite



Le keyif, un seul mot pour décrire les vacances de la conscience. Ce mot turc, d’origine arabe, désigne une façon d’être paisible, de laisser se diffuser en soi une véritable détente du corps et de l’esprit. Le keyif est un art, celui de prendre son temps, de permettre aux minutes de se dilater. Dans le keyif, il n’y a rien d’autre à conquérir que la sérénité. Un café en terrasse. Un bain chaud dans lequel on traîne. Un film regardé d’un coin de l’œil. Un paysage harmonieux. Une cigarette à la fenêtre. Une balade en bord de mer. Pour accéder au keyif, nous devons nous laisser envahir par ce qui est, par la puissance de cet instant présent, en étant convaincu qu’il contient déjà tout. Et surtout, être capable de le savourer sans chercher à l’utiliser, sans le dialectiser, sans en attendre quoique ce soit, pas même l’espérance d’un potentiel bien-être. Bref, apprécier la beauté de l’occupation inutile. Plus engagé que le plaisir, plus paisible que la jouissance, plus bavard que la méditation, le keyif place la conscience en état de veille, alors que tous les sens sont en éveil, prompts à écouter des bruits du monde. Une saveur sur la langue, la douceur d’un drap, l’éclat d’un rayon de soleil dans une flaque d’eau, une note enveloppante. Ce n’est pas une futilité. C’est indispensable précisément parce que c’est vain. Devenir pendant quelques instants un spectateur. Mais alors comment accéder au keyif ? En 1670, on prétendait que les Ottomans buvaient du vin pour y parvenir. L’ivresse serait-elle la seule issue ? Et s’il s’agissait plutôt de rendre les armes ? De s’adresser à la sensualité plutôt qu’à la raison ? A l’imagination plutôt qu’à la consommation ? Juste quelques minutes de keiyif pour kiffer. Je nous souhaite des horizons d’inutilité.

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