• Marie Robert

Ceci est tous les matins du monde.

Ceci est tous les matins du monde. L’autre jour, après une longue journée de travail et de concentration, je suis allée marcher dans la forêt. Pratique salvatrice. L’odeur de l’humus rend caduque toutes les inquiétudes. Un pas après l’autre, l’esprit n’a rien d’autre à faire que d’épouser le mouvement. Soudain, au milieu d’une clairière, comme éclairé par un projecteur divin, j’aperçois un couple d’adolescents. Quinze ans à peine. Ils sont debout, happés par leur désir, mais surtout par la joie silencieuse de se retrouver. Leurs corps enlacés se fondent l’un à l’autre. Ils n’ont que faire des moustiques, de l’orage qui gronde, ni sans doute de leur dissertation. Ils sont là. Ivres de leurs bouches. Ivres de leurs yeux qui n’en reviennent pas. Ce n’est pas de l’insouciance. Ce n’est pas de la pleine conscience. C’est autre chose encore. C’est une ode à l’existence, à ce qu’elle a de sublimement beau. Eloge de notre vanité triomphante. Une heure ou une vie, qu’importe, car face à face, ils sont éperdument heureux de l’instant. Je l’écrivais déjà il y a quelques jours, je fais partie de ceux, peut-être nombreux ici, que l’angoisse dévore souvent. J’ai beau lutter, je ne parviens pas toujours à avoir confiance en la vie, parfois plus encore parce qu’elle me gâte et parce qu’elle me place face à l’énigme coupable du « pourquoi reçois-je tant ? ». Alors en contemplant cette scène avec la pudeur qu’elle méritait, j’ai tenté de m’imprégner de cette puissance-là, de cette capacité à recevoir ce cadeau et d’accueillir l’émotion qu’il procure. J’ai enroulé mon esprit dans leur fougue adolescente. Car si la nuit était sans lendemain, si partager ses spaghetti était une obligation, s'il restait une dernière page à lire, si le train partait, s'il fallait la force d'un ultime projet, et même si tout cela ne restait pour longtemps qu'une vague possibilité, sans doute que ces deux jeunes gens voudraient le vivre dans les bras l’un de l’autre, au cœur de cette clairière, entourés par ces arbres qui nous précèdent et qui nous survivront. Jamais une marche ne m’a tant rappelé où vont nos pas. Je vous souhaite des échappées grandioses. #Bonjour C : Larry Ned.


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