• Marie Robert

Ceci est tous les matins du monde.


C’était hier. Après une longue journée de rentrée, je suis allée courir dans la forêt. Pratique salvatrice. L’odeur de l’humus rend caduque toutes les inquiétudes. Un pas après l’autre, l’esprit n’a rien d’autre à faire que d’épouser le mouvement. Soudain, au milieu d’une clairière, comme éclairé par un projecteur divin, j’aperçois un couple d’adolescents. Quinze ans à peine. Ils sont debout, happés par leur désir, mais surtout par la joie silencieuse de se retrouver après des semaines de congés familiaux. Leurs corps enlacés se fondent l’un à l’autre. Ils n’ont que faire des moustiques, de la fraîcheur du soir ou des funestes prévisions. Ils sont là. Ivres de leurs bouches. Ivres de leurs yeux qui n’en reviennent pas. Ce n’est pas de l’insouciance. Ce n’est pas de la pleine conscience. C’est autre chose encore. Une ode à l’existence, à ce qu’elle a de sublimement beau. Eloge de notre vanité triomphante. Une heure ou une vie, qu’importe, face à face, ils sont éperdument heureux de l’instant. Si la nuit était sans lendemain, si partager ses spaghetti était une obligation, si la seule chose à faire était de sourire, s'il restait une dernière page à lire, si le train partait, si Orphée allait caresser Eurydice, si écrire se faisait à même la peau, si la forêt s'offrait déserte, si l'on remettait le diamant au début du disque, si le silence s'enfilait comme une paire de gants, s'il fallait la force d'un ultime projet, s'il devenait urgent de se perdre et même si tout cela ne restait pour longtemps qu'une vague possibilité, sans doute voudraient-ils être là, dans les bras l’un de l’autre. Dans cette étrange clairière. Entourés par ces arbres qui nous précèdent et qui nous survivront. Jamais une course ne m’a tant rappelé où vont nos pas. Je vous souhaite des échappées grandioses.

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