• Marie Robert

Ceci est sans condition.


Ceci est sans condition. Je les regarde. Deux petits garçons circulent autour de moi tandis que je suis en train d’écrire. Ils ne se connaissent pas, et je ne suis pas certaine qu’ils parlent la même langue, et pourtant, ils ont décidé de jouer ensemble. L’un rempli le récipient d’eau et l’autre plonge de petites figurines dedans. L’ensemble de l’opération les fait éclater de rire, comme si rien à cet instant n’était plus réjouissant. C’est curieux d’être ami lorsqu’on devient adulte, lorsque l’évidence des jeux d’enfants est remplacée par une somme de choses à faire ensemble, de moments nécessitant une organisation, et la mise en marche d’une volonté. « Vous êtes dispos mardi prochain ? », « Et le week-end du 17, ça te dit de passer à la maison ? ». Nos liens d’adultes aussi sincères soient-ils, sont souvent domptés par les mœurs, les convenances, les temporalités obligées de nos vies au rythme insensé. Ami, trois lettres pour désigner tant de modalités. Le terme vient du latin « amicus », littéralement il désigne celui que l’on aime et qui est aimé en retour. L’étymologie nous rappelle donc qu’il n’y a pas d’autres normes, que celle d’être précieux l’un pour l’autre. Dans un de ces livres, Andrea Marcolongo évoque un autre mot : « l’amitié comme « amistà » un terme italien littéraire, un pacte d’alliance dans les montagnes russes de la vie – je t’aime tel que tu es, tu es pour moi la trêve, jamais la guerre ». Ainsi regardée, l’amitié correspond alors à un espace singulier, une forme étrange, multiple, capable d’accueillir nos larmes, nos succès, nos mésaventures, nos silences. C’est un don pour toujours et non un solde à payer, autre chose que boire un café en échangeant les dernières actualités. Ce n’est ni une dette, ni une habitude forcée, mais peut-être l’envie farouche nous conduisant à vouloir envelopper l’autre de notre solidité, de notre douceur, de notre fierté. Un territoire exempt de lutte, un asile pour nos âmes fatiguées. Je vous souhaite une journée de refuge et de bras amis dans lesquels vous engouffrer. #Bonjour@liarochasparis coeur cousu depuis vingt ans.

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