• Marie Robert

Ceci est politique



Jusqu’à l’invention du petit-déjeuner, la composition du premier repas de la journée ne différait guère de celle des suivants. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle qu’il commence à s’en distinguer. Dès lors, il s’organise autour d’une trinité de boissons d’origine dite « tropicale » : café, thé et chocolat. Le sucre joue aussi un rôle important. À cette époque, il n’est pas non plus produit localement mais extrait de la canne à sucre, qui pousse sous d’autres latitudes, la culture de la betterave sucrière changera ensuite la donne. Les jus de fruits à base d’agrumes viennent ensuite compléter la liste, leur origine asiatique confirment cette ambition de goûter à l’ailleurs. Les composants solides du petit-déjeuner (beurre, céréales) et le lait sont en revanche issus de productions plus «locales». Mais c’est surtout le café qui, très vite, s’impose. Il constitue à ce moment là un marqueur du niveau de vie. Il commence à être diffusé dès le XIIe siècle. Grillé, puis réduit en poudre, et sert d’abord d’épice. Ce n’est qu’à partir du XVe siècle, qu’il est cultivé pour servir de boisson au sein du monde musulman, l’interdit frappant l’alcool contribuant à son développement. Il arrive en Europe via le commerce maritime et séduit d’abord les populations urbaines. Bien que sa culture soit impossible sur le vieux continent, son passage par les serres hollandaises est déterminant. Les Européens l’exportent en Amérique du Sud, Antilles et Brésil notamment, contribuant ainsi à faire de ce continent le premier producteur de café. Nos habitudes matinales sont ainsi d’abord liées à la maîtrise des mers par les puissances européennes, à la colonisation de vastes territoires par ces dernières, et à l’emploi d’esclaves dans les plantations. Ancêtres lointains de nos multinationales, les compagnies maritimes jouent un rôle essentiel dans cette diffusion. Au XIXe siècle, le petit-déjeuner devient «le dopant de la révolution industrielle», le prendre, c’est avoir de la force pour aller travailler. Bref, nos pratiques dessinent le monde dans lequel on vit. À nous de les questionner.

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