• Marie Robert

Ceci est plus qu’un vocabulaire



Ce qu’il y a de perturbant dans une rupture, au-delà du déchirement qu’elle suppose, c’est qu’après elle, il faut tout réapprendre. Chaque couple crée un monde, élabore un langage, et donne aux mots une connotation dont seuls les amoureux détiennent le secret. Tout d’un coup, une insignifiante « brosse à dent » devient l’objet d’un moment de complicité, qui marquera, à jamais, toutes les autres brosses à dents. Le jour où l’on rompt, ces mêmes brosses à dents, font figures d’épées qui transpercent notre cœur. Et c’est pareil pour tout le reste de l’existence, bien au-delà des surnoms, des anniversaires, des moments que l’on pense cruciaux. S’aimer consiste, avant tout, à inventer une langue, mais aussi à faire en sorte que les objets et les lieux, soient perçus à travers quatre yeux. On révolutionne le dictionnaire, on bouscule les cartographies, on crée de nouveaux décors. Lorsque l’histoire se termine, la perte devient alors perte de repères. Qu’importe les raisons, on se retrouve balbutiant, hagard, sans d’autre choix que de tout réapprendre. J’ai une tendresse infinie pour les chagrins d’amour. Pour leur singulière poésie. Ça ne change rien au cours des choses, ça ne bouleverse pas le flux des infos, ça n’empêche pas de remplir des dossiers, mais ce sont ces peines qui donnent au ciel une autre couleur. Ce pastel si doux qu’on voit là-haut, quand le soleil se noie dans une silencieuse de mélancolie.

3 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout