• Marie Robert

Ceci est plus qu’un miroir.


Ceci est plus qu’un miroir. Hier j’ai pris le train et je me suis dit que c’était étrange d’être à nouveau face à face, de revoir les visages en entier, et non seulement les regards. C’est curieux de redécouvrir, sans qu’ils soient masqués, les mentons, les bouches, et les joues, libres de leurs expressions. Il y a ceux éprouvés par la vie dont le sourire tire vers le bas, ceux dont les tics trahissent une agitation, il y a les lèvres gourmandes, les barbes qui piquent, les pommettes hautes et les tâches de soleil. J’adore observer les individus dans la réalité, cela n’a rien à voir avec ceux que l’on perçoit derrière un écran. Ce n’est pas seulement une question de filtres, c’est un rapport à la matière. Il se passe quelque chose quand on regarde quelqu’un en face. On est touché, gêné, interpellé, troublé, charmé. On joue au jeu des ressemblances, on mémorise les traits, on entre déjà « en contact » avant même de s’être parlé. Les premières semaines de sa vie, la vue d’un bébé se limite aux quelques centimètres qu’il a devant lui. Il faut donc réaliser que sa perception du monde s’organise autour des visages penchés au-dessus de lui. Au commencement donc, nous n’avons eu que cela comme horizon : d’immenses territoires de peau. En hébreu, il existe un terme, « panim », qui signifie « visage », sauf qu’il a la particularité de ne s’employer qu’au pluriel, comme si dans chaque visage apparaissait une multitude d’êtres humains. Comme si nous étions un livre, qui ne prend sens qu’à mesure où l’on tourne les pages. « Panim », symbole de l’humanité. « Panim el panim », le face à face. Plonger dans l’autre, lever la tête de nos téléphones, c’est faire l’expérience de notre appartenance à la communauté des hommes, riche de toutes ses singularités. Celles qu’on ne peut jamais dissoudre, qu’on ne peut jamais simplifier. Pas une façade, pas un selfie, pas une image publique, pas un rapport à la beauté, mais peut-être une voie d’accès à notre tumulte intérieur. Le visage est un trésor. Le « panim » est l’expression de toutes nos richesses. Je vous souhaite une journée où l’on vous regarde sans jamais vous dévisager. #Bonjour

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