• Marie Robert

Ceci est pire qu’un ouragan.


Ceci est pire qu’un ouragan. Souvent, je me demande ce que serait ma vie si je n’avais pas cet insupportable esprit d’analyse, cette machine éreintante qu’est le cerveau. Dans l’Odyssée d’Homère, il arrive un instant où Ulysse, atterrit sur l’île des Lotophages. Ce curieux peuple, hospitalier et chaleureux, ne cesse de manger des « lotos », une plante douce comme le miel, dont la consommation a pour propriété de nous faire oublier l’essentiel, ou plus exactement, de nous faire perdre conscience. Quelle délicieuse tentation que de « perdre conscience ». Pouvoir être en dehors de nous-mêmes, avoir le luxe de distancier ce qui nous oppresse et nous laisser happer par un goût savoureux. Quoi de plus désirable que de pouvoir enfin être en vacances de soi et faire taire l’épuisant vacarme de nos pensées qui censurent, épuisent et jugent pour plonger dans la frivolité ? Combien d’entre nous rêvent de cette oisiveté et d’être dénués de charges ? J’en fais souvent partie. Mais voilà, aussi tentant soit-il, le « loto » est un met pernicieux et Ulysse nous met en garde. Son danger n’est pas celui de la tempête, des monstres, de la guerre qui se déchaîne ou de la démesure. Il est précisément celui de l’oubli. L’oubli des contraintes, certes, mais aussi l’oubli de soi et donc de nos buts. Car est-ce en perdant conscience que l’on avance ? Est-ce dans l’insouciance qu’on se construit ? Toute cette aventure donne à réfléchir aux questions les plus importantes et solennelles de la pensée grecque. Comment tenir le cap ? Comment ne pas dévier ? Comment ne pas perdre de vue l’individu que l’on est ? L’endroit d’où l’on vient et celui où l’on va ? Une fois de plus, les pages homériques s’infiltrent dans notre actualité. Nous avons tant de lotos métaphoriques autour de nous : l’hypnose des téléphones portables, du stress, de l’habitude, des rumeurs, du divertissement. Quels sont nos lotos ? Les connaître, c’est être en mesure de quitter l’île, aussi accueillante soit-elle, pour rentrer chez soi, rentrer en nous-mêmes. Là où toutes nos ressources prennent vie. Là où la conscience montre le chemin. Je vous souhaite d’éviter les lotos. #Bonjour

23 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout