• Marie Robert

Ceci est peut-être une expression à revoir



Il y a peu, je discutais avec quelqu’un qui m’a dit vouloir être aimé « comme au premier jour ». J’ai laissé les mots filer dans le flux de la conversation. Mais depuis, ils n’arrêtent pas de s’entrechoquer en moi. Comment aime-t-on au premier jour ? On aime sans connaitre, on aime sans avoir appris l’autre, on aime par projection, on aime à travers soi.C’est le temps de l’excitation et de la mise en scène. Et c’est infiniment charmant. Mais veut-on que ce joli badinage dure toute la vie ? Je crois qu’il y a autre chose. Je crois en l’amour du deuxième, du troisième et même du dernier jour. Celui qui doit sans cesse se réinventer, lutter, construire. Celui qui à la surface répond par la profondeur, qu’importe si c’est parfois celle des ténèbres. Il faut arpenter des sommets. Résoudre l’équation impossible qui nous met au défi d’articuler sécurité, promesse d’éternité et sauvagerie primitive. L’existence entre les individus est un orage perpétuel. L'air entre leurs visages est plus intense, plus hostile, plus fulgurant, qu'entre les arbres ou les pierres. Mais parfois, de rares fois, de belles fois, la foudre tombe vraiment. Alors pouvoir le vivre devient la chose la précieuse au monde. La plus absurde des folies. Je veux l’amour des jours qui suivent.

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