• Marie Robert

Ceci est ordinaire.


Ceci est ordinaire. L’autre jour je me suis demandée ce qu’est une journée parfaite. Ce qui fait qu’on se glisse le soir dans son lit avec l’impression d’avoir vécu des heures idéales. A quoi est-ce lié ? Est-ce en vertu des gens qu’on a vu ? De la fierté qu’on a tiré de notre travail ? De notre absence de contraintes ? C’est à ces interrogations que tente de répondre le romancier J. Bergareche, dans son livre, « Les jours parfaits ». Il commence par distinguer les journées extraordinaires et les journées parfaites. Les premières contiennent quelque chose d’absolument grandiose, un rendez-vous inoubliable, une folle aventure ou une surprise prodigieuse, en somme quelque chose qui comme son nom l’indique, vient déjouer l’ordinaire. Alors qu’en est-il de la perfection ? Pour donner un exemple, l’auteur s’appuie sur une lettre que William Faulkner a écrite en 1936 à son amante Meta Carpenter. La lettre se présente comme une bande-dessinée de douze cases, dessinées par Faulkner lui-même. Chaque image représente une scène pleine de vie et de mouvement. Faulkner frappe à la porte de la chambre de Meta, puis il la réveille, ils prennent leur petit-déjeuner, ils jouent au ping-pong, elle le malmène, ils roulent en voiture sur Sunset Boulevard, ils profitent d’une journée à la plage, ils prennent le soleil jusqu’à la tombée du jour, ils vont dans un bar boire avec des amis, ils rentrent au motel, ils se déshabillent. Et c’est ainsi que s’achève le jour. Rien dans la lettre de Faulkner n’évoque l’extraordinaire, et pourtant, c’est un jour parfait. Bergareche le résume ainsi : « Ils ne vont pas au Taj Mahal, ils ne déjeunent pas dans un trois-étoiles Michelin, (…) ils n’écoutent pas les Rolling Stones en concert, ils ne boivent pas de Krug [champagne haut de gamme] tout en ouvrant une boîte de caviar, ils ne se mettent pas en smoking et en robe du soir pour être reçus à la lueur de flambeaux chez un prince italien ruiné, il ne se passe absolument rien que quiconque ne puisse s’offrir, n’importe quand, n’importe où, et pourtant il suffit de voir cette lettre pour savoir que c’était une journée parfaite. ». Je vous souhaite un dimanche d’ordinaire perfection. #Bonjour

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