• Marie Robert

Ceci est notre essence.


Une semaine déjà depuis le déconfinement. Une semaine seulement. Le mouvement retrouve le luxe des espaces. La rumeur de la ville piétine le bitume laissé silencieux. Bien sûr, il y a l’exaspération des uns, les jugements des autres. Il y a les convictions qui s’opposent, les certitudes qui valsent, les espérances qui narguent les précautions. Mais au cœur de ce tumulte, parfois oppressant, se joue aussi autre chose : le plaisir singulier de sortir de son foyer et d’y voir des personnes. Au-delà de la crainte, au-delà de la vigilance, au-delà des désaccords, la vie en société dessine notre devenir d’homme, elle est une condition fondamentale pour pouvoir se réaliser en tant qu’individu, pour épouser l’existence autrement que dans une survie solitaire. Ce va-et-vient entre notre intériorité et le groupe, nous bouscule, nous blesse, mais nous offre aussi la possibilité de préciser nos ressentis, d’affiner nos opinions, de nous positionner. Il y a chez Aristote l’idée que « l’homme est par nature un animal politique », c’est-à-dire qu’il appartient à la polis, à la cité, à la communauté, qu’il se nourrit d’elle, qu’il ne peut se suffire à lui-même. Il ne subit pas la politique, il l’est. Mais ce vivre ensemble suppose d’accepter de faire usage du langage, d’admettre le débat, de comprendre ce que signifie la nuance, la complexité, l’écoute, la considération, de passer outre ce qui nous semble absurde, pour mieux nous déplier et surtout, pour construire. Participer, sans être spectateur ou commentateur stérile. C’est souvent dur et éreintant. Mais à la clé, il y a peut-être la perspective d’honorer ce qu’il y a de plus émouvant chez nous, cette capacité à quitter la sauvagerie, brutale et violente, et de faire face, ensemble au néant du monde. Je vous souhaite une journée où les rues se remplissent d’un « nous » solide et structurant.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout