• Marie Robert

Ceci est mouvant.


Ceci est mouvant. Il y a une question qui loge sans cesse dans le curieux désordre de mon esprit. Que se passe-t-il pour qu’on se perde de vue ? Comment se fait-il que des gens que nous aimons, avec qui nous partageons des joies et des peines, nous apparaissent un jour comme des étrangers ? Pourquoi les liens se distendent ? On ne peut pas seulement se satisfaire d’un illusoire « c’est comme ça, c’est la vie ». On ne peut pas seulement se dire qu’on change, et que le changement suppose qu’on préfère la rupture à l’adaptation. Sans doute y-a-il des continents enfouis, des territoires passés sous silence. Quelle est la somme de non-dits, d’incompréhensions, de mensonges, de jalousies qui nous ont conduit jusqu’à ce point d’effacement ? Jusqu’au moment où un « mon amour » ou un « ma chérie » se mute en un « salut, ça va ? » lâché au hasard d’une rencontre gênante dans la rue ? Le plus fascinant dans tout cela serait sans doute d’interroger, séparément, les parties prenantes de cette partition qui se joue à deux, et de constater que les perceptions divergent. Car percevoir c’est toujours avoir « un point de vue ». La perception est notre seule manière d’être au monde. Comme l’analyse Maurice Merleau-Ponty, nous ne sommes pas simplement dans le monde comme des objets inanimés, ni hors du monde comme des dieux, mais bien « au monde » comme des hommes. Et être au monde, c’est toujours être pris dans une situation qui définit un certain point de vue, qui n’a rien à voir avec la vérité. Alors pour comprendre nos abandons, peut-être faut-il aussi envisager la parole de l’autre. C’est toute la démarche du dernier podcast de @louiemedia, le remarquable Passages : « Le récit ne peut pas être un seul récit. C’est lorsqu’il ne reste qu’une version, qu’on récrit l’histoire, que les fantasmes dessinent les contours de nos mémoires ». Questionner ne veut pas dire se revoir, mais plutôt saisir nos mécanismes relationnels, comprendre leurs fragilités, et peut-être préserver avec encore plus d’attention, ceux que nous ne voudrions jamais perdre de vue. Je vous souhaite une journée où les points de vue se bousculent pour mieux se retrouver. #Bonjour#Matin

44 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

©2020 par Philosophy is sexy.