• Marie Robert

Ceci est mon idole de jeunesse



Le genre de personne dont j’aurais pu afficher le poster dans ma chambre. Lorsque Jane Goodall arrive au Parc National de Gombe Stream en 1960, elle n’a que 26 ans. Sans formation, sans diplôme, elle s’installe dans la forêt simplement munie d’une passion dévorante pour les singes et d’un sens de l’évidence qui supprime toute forme d’hésitation. Le monde ne connait alors quasiment rien au sujet des chimpanzés, et encore moins de leur parenté génétique unique à l’homme. Au cours de ses recherches sur le terrain, Jane, étrangère aux protocoles, opte pour une approche plutôt singulière, se plongeant dans l’habitat des primates et dans leur vie quotidienne, afin de saisir toute les subtilités de leur société complexe. En vivant avec eux, elle s’y confronte, agissant comme un voisin plutôt que comme un observateur lointain, apprenant à les comprendre non seulement en tant qu’espèce, mais aussi en tant qu’individus se donnant des obligations à long terme au sein de la tribu. La publication de ses travaux révolutionne la communauté scientifique parce qu’elle montre des chimpanzés en mesure d’utiliser et de fabriquer des outils, de chasser pour se procurer de la viande, mais aussi, et surtout, des êtres capables d'émotions, pourvus de personnalités distinctes et de liens affectifs très forts avec ceux qu'ils affectionnent. C’est un nouveau modèle qui se met en place. A la sauvagerie animalière, Jane Goodall oppose une tout autre vision, celle d’une troublante confusion avec l’homme, le constat d’une indéniable familiarité. Il y aurait beaucoup à dire sur son destin extraordinaire, sur son rôle dans la lutte pour l’écologie, sur cette audace qui l’a conduit à penser sans attendre la légitimité du sérail, sur son histoire d’amour avec le baron Hugo Van Lawick, sur ses 300 conférences annuelles, mais il y a quelque chose d’encore plus bouleversant que cela, c’est sans doute sa capacité à avoir su observer l’Autre. Observer, sans d’autre but que de comprendre son essence. Qui est-il ? Qu’est-ce qui le fait se mouvoir ? Jane Goodall, à l’image des idoles que l’on découvre dans son enfance, demeure une source d’inspiration permanente.

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