• Marie Robert

Ceci est mieux qu’une chanson.


Ceci est mieux qu’une chanson. J’y ai pensé dès le réveil. Il y a quelques mois, l’universitaire britannique Tim Whitmarsh a analysé un texte absolument fascinant : « Ils disent, Ce qu’ils aiment, Qu’ils le disent, Peu m’importe ». Les paroles n’ont rien de spectaculaires. Il s’agit d’un simple appel à se moquer du regard des autres, une invitation classique qui nous engage à prendre de la distance avec les commentaires, les commérages, les rumeurs. Un refrain pour se rappeler qu’on ne maîtrise jamais tout à fait les propos d’autrui. Il n’y a donc rien d’étonnant dans ces quelques vers, rien qui puisse retenir notre attention, si ce n’est que ces lignes anonymes datent du IIe siècle de notre ère. Et le plus singulier sans doute, est que le texte était si populaire et si apprécié, dans tout l’Empire romain qu’on l’a souvent retrouvé gravé sur des pierres précieuses, ou encore, sous forme de graffiti. Les pierres sur lesquelles était inscrit le poème se portaient autour du cou, elles étaient produites en masse par ateliers et circulaient de l’Espagne à la Mésopotamie. Leur prix était suffisamment accessible pour que la classe moyenne puisse les acquérir et en faire le symbole d’un certain état d’esprit, le signe d’une farouche indépendance. En affichant ces vers, rédigés dans une langue simple et musicalisée, les citoyens romains pouvaient témoigner d’une appartenance à une époque, à un courant, de la même façon qu’aujourd’hui nous chantons un refrain d’une musique à la mode ou que nous portons un t-shirt à messages. Il y a quelque chose de bouleversant à l’idée qu’il y a 1800 ans, dans un autre monde, on puisse retrouver ce fil conducteur. Je suis toujours émue à l’idée que nos différences radicales trouvent le chemin d’une universalité, que nos doutes, nos envies, nos errances, nos manies, nos tendances, soient autant de murmures universels. Comme si nos vies étaient reliées d’hier jusqu’à aujourd’hui, et comme si au fond, nos problématiques demeuraient les mêmes : s’affranchir du regard des autres et tenter d’exister par nous-mêmes. 1800 ans plus tard, poursuivons nos tentatives. Je vous souhaite une journée de pierres précieuses. #Bonjour

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