• Marie Robert

Ceci est mieux qu’une carte d’identité



C’est en 1889 que les parents d’Emma, mon arrière grand-mère, arrivent en France. Prenant le premier emploi qui s’offre à lui, Alfredo travaille comme ouvrier balaitier à Saint-Max, qui deviendra plus tard un quartier de Nancy. Il a 25 ans, Daria sa femme, en à 20. Leurs deux premiers enfants, Umberto et Emma sont nés à Brozzi en Italie, mais sont désormaisheureux de grandir sur des terres plus prospères. Cette douce plénitude leur fait oublier un peu vite combien nous sommes soumis aux vertiges de l’Histoire. Le 24 juin 1894, Sadi Carnot, alors Président de la République est assassiné par un anarchiste italien. Les immigrés deviennent alors la cible de représailles. On cherche des coupables, on prétexte la justice pour légitimer sa haine. Éternel refrain. La petite Emma n’a que 6 ans, elle est terrorisée, n’ose plus sortir, développe des maladies. Ses parents décident donc de la renvoyer en Italie puisqu’elle n’est pas la bienvenue ici. Elle grandit loin de sa famille, loin des possibles, mais proche de ses peurs. Ce n’est qu’a 18 ans qu’elle revient en France. Alfredo est devenu son propre patron et lui présente un de ses ouvriers du nom de Disma Tozzi. Ils se marient et trouvent une place dans une usine de balais. Elle ne sait pas lire, encore moins écrire, ce qui compte c’est nourrir leur famille. Ce n’est qu’en 1927 qu’ils seront finalement naturalisés français. Qu’est-ce que cela signifie pour eux ? La réponse appartient au silence des ascendances. Un récit banal, commun à tout ceux qui n’ont jamais complètement trouvé leur place, et qui pourtant, ont dessiné les contours de leur vie en renouvelant leurs efforts chaque matin. Il fallait une ville comme Marseille pour honorer leur mémoire, leurs va et vient, leur pudeur. Il fallait un autre immigré, arménien cette fois, pour écrire leur nom en lettres d’or et trouver l’ironie d’en faire une devanture de garage cours Lieutaud. En ayant les mains dans le cambouis, on se dit que l’existence n’est sans doute qu’une question de réparation.

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