• Marie Robert

Ceci est mieux qu’un voyage sur la lune



Combien d’individus éteignent leur imaginaire une fois parvenu à l’âge adulte ? Combien d’entre nous vivent dans l’hyperréalité, fermement cramponnés à l’idée qu’il s’agit du seul rempart possible aux difficultés de l’existence ? Peut-on en être certain ? Si notre société semble si souvent à bout de souffle, si nos vies s’enferment dans les répétitions et l’aridité, est-ce que le pragmatisme peut apporter une quelconque lumière ? Plus le système semble cloisonné, plus l’imaginaire devient une nécessité. Un levier pour mettre en place d’autres modalités, ériger des fonctionnements inédits, se faufiler à travers nos impasses. L’échange factuel construit nos rapports sociaux et professionnels, mais n’est-il pas possible, parfois, de revenir à ce temps précieux où une ombre sur un mur devient un royaume ? Ce n’est pas un luxe, c’est une survie. Plus que de se projeter sur Mars, réveillons cette puissance qui se loge en chacun de nous. Instaurons des minutes d’imagination. Jouons, inventons, digressons. Regardons notre quotidien à travers un kaléidoscope, composons de nouvelles formes. Nous n’avons pas besoin d’analyses stériles, de dialogues de surface, d’incohérences grossières, de commérages abscons, nous avons besoin d’histoires. Celles qu’on se racontait enfant, faites de mondes engloutis. Mais aussi des histoires pour le monde à venir. Des fantaisies qui réenclenchent notre capacité à penser. L’imagination est un stimulant hors du commun pour nos cellules cérébrales et permet aussi d’atteindre des évidences. Edmond Husserl propose une technique pour percevoir l’essence de toute chose, c’est ce qu’il nomme la « variation éidétique ». Prenons l’idée d’une chose, un tronc d’arbre par exemple et faisons défiler en imagination toutes ses possibilités (couleur, taille, forme…), en distinguant les traits qui ne lui appartiennent pas nécessairement et ceux qui à l’inverse, lui sont inséparables. À force de faire varier toutes les perspectives sur ce tronc d’arbre, on en déduit son essence. Agissons de la même manière avec notre vie, varions les possibilités les plus folles, et voyons celles qui demeurent.

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