• Marie Robert

Ceci est mieux qu’un calmant



Dénoncer la magie comme erreur scientifique, c’est s’interdire d’en comprendre les véritables enjeux. Comme l’a souligné l’anthropologue Bronislaw Malinowski en étudiant les îles Trobriand, la magie se définit en réalité avant tout par son attitude pragmatique. C’est un mode d’action qui tend vers une connaissance pratique du monde. La magie cherche à avoir une influence sur le monde. Contre l’approche intellectualiste qui envisage la magie de manière abstraite, il faut donc la replacer dans les situations concrètes où elle prend sens, des situations dans lesquelles elle est utilisée. Par exemple, si les Trobriandais, une ethnie de Papouasie, profèrent des incantations pour faire pousser leurs jardins, ce rite magique n’est pas séparé de techniques d’essartage ou de bouturage. Nul ne songerait alors à imputer le succès de la culture des ignames à la seule magie des jardins. Actes techniques et rites magiques sont connectés les uns aux autres et orientés vers les mêmes fins. Et c’est l’ensemble qui forme ce que les Tobriandais nomme horticulture. On comprend que la magie a pour fonction latente de délivrer l’homme des angoisses suscitées par des actions dont le succès serait trop aléatoire. La magie intervient là où la technique échoue à maîtriser l’aléa. Elle est une façon de « ritualiser l’optimisme » en encerclant l’incertitude par des règles de conduite bien établies. C’est pourquoi les pêcheurs trobriandais accomplissent toute une série de rites magiques avant de se lancer dans une dangereuse expédition en haute mer, alors qu’ils n’en célèbrent aucun lorsqu’ils se contentent de pêcher dans le paisible lagon. Si la magie ne saurait être réduite à une action compensatrice visant à soulager l’angoisse en situation d’impuissance, il n’en reste pas moins qu’elle qu’elle permet de susciter et canaliser des émotions en focalisant l’attention sur l’objectif à atteindre. Bref, je vous souhaite une journée magique.

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