• Marie Robert

Ceci est ma valise



La première fois que je suis arrivée à Tel-Aviv, j’avais presque deux décennies de moins. Il était plus de minuit, et mes bagages avaient été perdus à l’aéroport. Je ne connaissais rien de cette ville. Rien d’autre qu’une vague projection médiatique. Et pourtant, cette perte était à l’image de ce que j’allais y gagner au fil des années. Je suis sortie de l’aéroport et là, dans la moiteur de ce début d’été et le bordel ambiant, « j’ai su ». Quoi ? Je l’ignore encore, mais mon sentiment est resté jusqu’à ce jour inchangé. De contradictions en impolitesses, de tolérance en dérision, j’ai appris la grammaire de ce territoire. Celle du cœur qui vacille, de la langue qui se délit, des débats insolubles, de ses habitants aussi rudes qu’éblouissants et de la nourriture comme saint sacrement. J’ai apprivoisé la sociologie des bords de mer. Les noms de plages qui se succèdent et racontent l’ampleur de la diversité et des errances : "Gordon", "Frishman", "Banana Beach"... Le corps en mouvement de l'hôtel Hilton au minaret de Jaffa. Désormais, je n’ai plus besoin d’attendre qu’on retrouve mes bagages, je pars en les laissant ici.


"Et puis, de là-haut, tu m'as montré à quel point Tel-Aviv est négligée et sexy. On ne voit pas le coucher du soleil ni une étoile mais le plâtre qui s'écaille à cause des poussées d'adrénaline, des odeurs de sueur et de diesel, dans cette ville fourbue qui ne dort jamais. Ou se côtoie toutes les langues, tous les destins dont aucun n'est ordinaire, car pourquoi venir dans cette ville où le soleil cogne, où des bombes explosent, où le travail est ingrat, sinon parce qu'on a laissé derrière soi un désespoir plus grand encore. Pourquoi venir si ce n'est pour la pulsion de vie ?" - Amos Oz.

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