• Marie Robert

Ceci est ma limite.


Vérifié

Ceci est ma limite. Hier, un enfant m’a posé une question que j’ai adorée mais qui m’a déstabilisée, ce qui finalement est chez moi un état permanent. Il m’a demandé le défaut que je détestais le plus chez les gens, précisant comme consigne : « le pire, vraiment le pire ». Bien entendu, une cascade de possibilités a jailli dans mon esprit, sans ordre, ni hiérarchie. J’ai pensé, aux radins, aux arrogants et aux égoïstes, dont la fréquentation complique de si nombreuses journées, ou encore aux individus très prétentieux, persuadés qu’ils savent tout, qu’ils comptent plus que tout, et qu’ils ont raison sur tout. Mais j’ai fini par avoir une forme de tendresse à l’égard de ces écueils dont la source réside la plupart du temps dans un manque, dans une peur ou dans un passé qui les dépasse. Les travers sont l’expression d’une criante vulnérabilité, qui nous invite, si on en a les ressources, à la décortiquer au lieu de la juger. J’ai souri en me rappelant tous les autoritaires, les aigris, les anxieux, les baratineurs, les bavards, les capricieux, les boudeurs, les cachottiers, les étourdis, les envahissants, les orgueilleux ou les plaintifs que j’avais croisé dans ma vie. J’ai souri un peu plus grand en songeant à mes propres défauts, à mes lacunes, à mes tocs, à mes carences, mes mensonges, à mes manies. J’ai souri en saisissant que nos défauts sont une manière de nous débattre, de traverser comme on peut les vagues de l’existence. Mais sentant l’impatience de mon interlocuteur, j’ai fini par admettre qu’il y avait un défaut pour lequel je n’avais pas le moindre début d’indulgence, c’est la capacité à humilier autrui. Cette odieuse façon de rabaisser autrui, de lui indiquer qu’il est inférieur et de l’avilir. C’est pour moi inacceptable. Et en répondant à la question, j’ai réalisé qu’analyser les défauts des autres servait surtout à comprendre nos propres limites, les frontières de notre monde, celles que l’on ne veut pas franchir. Il ne s’agit pas de juger, de punir, de normaliser, de réprimander, il s’agit de réaliser les défauts avec lesquels on accepte de vivre et ceux qui nous sont insupportables. Je vous souhaite de soigner les rives de votre intégrité.

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