• Marie Robert

Ceci est mémorable.


Ceci est mémorable. Ces derniers jours n’ont pas été aisés. Le genre de semaine qui nous force à puiser dans les ressources, qui vient taper dans les limites, qui rétrécie la gorge et flirte avec le chaos, la culpabilité, le découragement. Je crois que nous traversons tous ce genre de tempête, et pour certains, ce sont mêmes des cyclones qui durent. Il faut dire que ces derniers mois ont laissé des traces, ont créé des fissures dans nos systèmes nerveux, et ont semé de pernicieux cailloux dans nos rouages quotidiens. Mais hier, malgré tous les malgré, c’était la kermesse d’une de nos écoles, le calendrier scolaire n’ayant que faire des états d’âmes, et en voyant les enfants sauter de joie sur le château gonflable, je me suis rappelée que nous vivions pour ces moments-là, moi en tout cas. Pour toutes les choses dont nous nous souviendrons. Pour tout ce que nous serons capables de raconter dans un an, dans dix ans, ou au crépuscule de nos jours. Pour tous ces instants suspendus. Pour tous ces fragments de joie. Pour toutes ces minutes d’exception et ces galères fondatrices. Pour ce qui fait que notre existence n’est pas automatique et vaine. Pour ce qui nous sort de l’anesthésie et de la consommation. Pour les papillons dans le ventre. Pour l’adrénaline et les éclats de rire. Pour les larmes qui soulagent. Pour les déclarations d’amour. Pour les pactes d’amitié. Pour le très haut et le très bas. Et pour les pointillés qui les font se joindre. Je ne sais pas si je me souviendrai de mon épuisement, de mon accablement, de ma lassitude de ces dernières heures, mais je sais que je n’oublierai pas ces sourires extatiques, ces yeux brillants, ce bordel de la vie en mouvement. Parce que tout cela, ça ne s’en va pas, ça se photographie et ça se développe dans la chambre noire de notre cœur. Ça se contemple dans les galeries du temps passé. Et c’est si précieux qu’en écrivant ces mots tout vibre, comme un rappel dans un concert d’intensité. Le jour de sa mort, Wittgenstein a déclaré ceci : « Dites-leur que j’ai eu une vie merveilleuse ». Le reste, redeviendra poussière. Je vous souhaite de vous souvenir de cette vie toute votre vie. #Bonjour

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