• Marie Robert

Ceci est le vingtième siècle



« Travail, opium unique », c’est avec cette devise, empruntée à François Mauriac que Martha Gellhorn a abordé l’existence. Née en 1908 dans une famille juive du Missouri, d’un père gynécologue progressiste et d’une mère avocate féministe, Martha hérite d’eux un sens aigu de l’engagement. Très vite, elle abandonne ses études pour devenir journaliste et c’est avec seulement 75 dollars en poche qu’elle traverse l’Atlantique et débarque à Paris en 1930. Elle rencontre son premier mari, Bertrand de Jouvenel, le beau-fils de Colette. Qu’importe l’aigreur de la romancière, rien n’arrête Martha. Il faut écrire, raconter, se laisser happer par cette frénésie de vie, dans un siècle flirte avec la mort. Dès 1931, elle ne cesse de voyager à travers les États-Unis pour témoigner de la façon dont le peuple fait face à la Grande Dépression. Ses portraits l’imposent comme une journaliste de terrain, conjuguant présence et empathie. Au bout d'un an, elle est renvoyée pour avoir incité des travailleurs ruraux sans emploi à manifester dans l'Idaho. Elle est alors invitée par Eleanor Roosevelt, épouse du président des États-Unis et amie d’enfance de sa mère, à venir s'installer à la Maison-Blanche pour deux mois. Martha cumule les correspondances, tisse des fils entre les continents. Aussitôt posée, elle repart. Elle rencontre Hemingway à Key West, devient son épouse pour quelques années et surtout, se précipite à ses côtés pour couvrir la guerre d’Espagne. Qu’importe les risques. Il faut voir pour être en mesure de dire. Il faut se laisser traverser par ce siècle, le contempler les yeux ouverts. En 1944, elle est la seule femme à participer au Débarquement avec les troupes américaines. Elle accompagne également les troupes Alliées lors de la libération du camp de concentration de Dachau. En 1989, alors âgée de 81 ans, elle couvre l'invasion du Panama pour son dernier reportage de guerre. C’est finalement un pernicieux cancer qui a raison de sa détermination. En 1998, elle choisit d’avaler une capsule de cyanure, dialoguant avec l'inéluctable. L’ultime urgence pour une femme qui n’a jamais cessé d’étreindre le monde.

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