• Marie Robert

Ceci est le plus efficace des élixirs



La parole. Une fois que les cœurs sont cousus, que la rencontre a eu lieu, transformant à jamais notre monde, ce qui la fait durer, c’est bien notre capacité à parler, ou plutôt, à se parler. C’est lorsque nous nous tournons vers l’autre, afin de communiquer, qu’on fait l’expérience de son altérité, qu’on lui confère un espace, qu’on honore sa singularité. Le dialogue, n’impose pas d’être d’accord, au contraire, c’est être en mesure de transmettre ses pensées, de leur donner corps à travers des mots, d’offrir un accès à sa complexité, à ses rêves, à ses désirs, à ses craintes. Et pourtant, combien de silences entre nous ? Combien d’échanges portant uniquement sur la logistique quotidienne ? Combien de réflexions échangées au début que nous taisons par la suite ? C’est peut-être ici que se concentrent tous nos efforts, dans la tâche aride de la discussion. Une phrase après l’autre, retrouver le fil. Et plus encore, pouvoir le libérer de tout ce qui l’encombre. Car nous ne sommes jamais seuls face à l’autre. En réalité, autour des deux partenaires d’un dialogue, il y a une multiplicité d’autres êtres humains qui, présents ou absents, ont une influence sur le déroulement de l’échange : les ex, les parents, les enfants, les amis, les collègues…etc. Que d’efforts pour préserver cet espace. Mais il faut être convaincu que cela en vaut la peine. Pour Merleau-Ponty, le dialogue est le niveau auquel la véritable expérience de la rencontre a lieu. Dans la parole sincère, nous devenons l’autre, en épousant une partie de son point de vue, et il fait la même chose de son côté. Soudain, par la magie des échanges, les frontières s’estompent, le fossé se pare d’un pont. Et si ce soir, nous prenions le temps de nous parler ?

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