• Marie Robert

Ceci est le centre de la terre.


Ceci est le centre de la terre. Il y a une chose qui ne manquera jamais de m’émouvoir, peut-être même que parfois, je rêve de réaliser des films uniquement pour mettre en scène cet instant-là : l’instant des retrouvailles. Je prends très souvent le train, je passe un nombre incalculable d’heures dans des gares. Le rituel des arrivées est inscrit dans ma chair. A l’instant où le wagon s’approche du quai, il y a toujours cette impatience agacée. On piétine dans le sas, on ne sait pas exactement quoi faire de nos bagages. Eté comme hiver, on a toujours trop chaud. Les minutes semblent interminables, les rails deviennent des chemins de sables, imposant aux roues un rythme lent et profond. On toise les inconnus autour de nous sans avoir la force d’entamer un dialogue, on fait défiler des images sur notre téléphone. Tout est suspendu. Et puis, finalement nous y voilà, les portes s’ouvrent dans un long soupir. Des centaines d’individus se déversent sur le quai, la frénésie contraste avec l’attente, certains se précipitent pour prendre le métro, d’autres passent des appels. Mais les plus bouleversants sont sans doute ceux qui ont le luxe inégalable d’être attendus. Leurs pas s’accélèrent, ils scrutent le portique d’arrivée, et puis, enfin, un visage apparait, une main brasse l’air. Il ne reste plus que quelques secondes avant l’impact. Leur cœur bat sa plus belle chamade. Les corps plongent l’un vers l’autre. Qu’importe qu’il s’agisse d’un amoureux, d’une maman, d’une amie, d’un enfant, d’un grand-père, d’une cousine, d’un frère, d’une rencontre nouvelle, il se joue ici la réunion des sens, un espoir ancien, lointain, une étreinte millénaire, anthropologique. C’est appartenir à la tribu des vivants, appartenir à la tendresse, n’être qu’odeur, que nez glissé dans le cou. Se « retrouver » comme au premier matin du monde. Se « retrouver » comme si rien n’avait plus de sens que s’être manqué. Lâcher les armes et respirer, parce qu’à cet instant au moins, on n’a pas peur de se perdre. Je pense à tous ceux qui ont attendu dans des gares, et plus encore, à tous ceux, dont les aimés ne sont jamais revenus. Je vous souhaite l’intensité des retrouvailles. #Bonjour@delpy.julie

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