• Marie Robert

Ceci est la seule chose qui compte.


Ceci est la seule chose qui compte. La vérité, c’est que ce que je préfère dans les fêtes de fin d’année, ce ne sont pas les cadeaux, ce ne sont pas ces heures suspendues, un peu étranges et étirées, c’est surtout qu’elles sont une opportunité merveilleuse pour abuser des mots tendres. C’est une sacrée affaire de dire « je t’aime ». On entend souvent qu’il ne faut pas trop dévoiler son amour, au risque de vider les termes de leur contenu. Il serait de bon ton de conserver les déclarations pour les instants rares car les « je t’aime », prononcés à la volée, tomberaient dans le piège d’une mécanique si bien huilée qu’on ne sait plus ce qu’ils désignent, qu’on ignore à quoi ils renvoient. Des syllabes tant mâchouillées qu’elles se dispersent dans le néant. Tout cela est sans doute juste. Le langage est un outil qui réclame sans cesse notre présence. Pour autant, faut-il se taire ? Le péril est-il bien là où l’on pense ? Dire « je t’aime » est peut-être un danger, mais qu’en est-il de la douleur de ne jamais l’entendre ? Qu’en est-il du désarroi lorsqu’on l’a dit trop tard ? Lorsqu’on n’a pas osé le prononcer, par pudeur, par timidité, par orgueil ? J’ai souvent l’impression de vivre sur un quai de gare, et d’être d’une minute à l’autre obligée de dire au revoir à ceux que j’aime, c’est épuisant comme sensation, mais cela force à une chose, c’est à ne jamais redouter de dire des mots d’amour avant que le train s’en aille. J’aime les « je t’aime ». Ceux que l’on murmure, que l’on chante, que l’on crie, que l’on dessine. Les « je t’aime » flamboyants, les timides, les sauvages. Les « je t’aime » d’amoureux, de famille, d’amis, d’équipe. Les « je t’aime » qui s’incarnent, qui se montrent, et se prouvent. Les « je t’aime » qui nous emmènent vers l’infini. Ce qui n’a plus de sens, c’est lorsqu’on tombe dans des abîmes d’indifférence. Alors pour les plus chanceux, profitons des fêtes pour abuser des « je t’aime », pour les apprivoiser, pour les oser, pour les vivre pleinement, jusqu’à ce que le train s’en aille, et que la lumière s’éteigne. Je vous souhaite des mots d’amour. #Bonjour

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