• Marie Robert

Ceci est la fureur



Celle qui nous fait vivre. L’autre jour, quelqu’un m’a demandé si mener une vie « philosophique » supposait d’être calme, presque détaché. J’ai failli rire pensant que si c’était le cas, j’en étais alors très loin. Qu’est-ce qu’une vie bonne, si ce n’est une vie que l’on a décidé de construire en assumant toutes les conséquences ? La sagesse n’est-elle pas plutôt une recherche de cohérence et de solidité ? Pas une sérénité factice, ni une méditation galvaudée ou des conflits dissimulés, mais au contraire la capacité à observer le mouvement, à traverser les vagues, à les ressentir, à se laisser interroger par nos démons, nos doutes, nos déviances. La philosophie n’est pas un dogme austère. Et d’ailleurs, elle n’interdit pas non plus la colère. D’un point de vue psychologique, la colère produit de mauvaises ondes qui court-circuitent nos relations avec autrui. Mais d’un point de vue philosophique, la colère est finalement une émotion très saine. Parce qu’elle est une puissance de défense et d’affirmation de soi. Elle ne s’oppose pas à la joie, mais à l’indifférence, à la honte et à la tristesse, vectrices de soumission. C'est bien loin d’être une passion triste comme le ressentiment et l’envie, car la colère porte des revendications, l’idéal d’un devoir-être face à un réel insatisfaisant. La colère, n’est pas l’indignation, l’irritation, ou la haine. C'est une forme d'ouverture au monde. Dans la colère, on crie aux autres, aux choses, qu’on a pas encore rendu les armes, qu'on est en éveil. La philosophie n’est donc résolument pas une ode à l’anesthésie. Elle est une ode aux vivants. A la fureur de vivre.

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