• Marie Robert

Ceci est l’indicible rivage.


Un texte que je n’arrive même pas à lire jusqu’au bout et qui pourtant, condense tout ce qui me donne la force de vivre chaque jour. Une rage infatigable qui n’a de sens qu’à travers la perspective d’une extinction. C’est l’extrême intensité des gouffres lorsqu’ils se conjuguent aux sommets. L’impossible séparation. L’insupportable déchirure. L’intolérable perte. Je ne sais ce qui me conduit à avoir toujours dans un recoin de l’esprit cette douloureuse litanie. Peut-être qu’au fond, est-ce parce que je sais que tout le reste est anecdote. « Tu viens juste d'avoir quatre-vingt-deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide dévorant que ne comble que ton corps serré contre le mien. La nuit je vois parfois la silhouette d'un homme qui, sur une route vide et dans un paysage désert, marche derrière un corbillard. Je suis cet homme. C'est toi que le corbillard emporte. Je ne veux pas assister à ta crémation ; je ne veux pas recevoir un bocal avec tes cendres. J'entends la voix de Kathleen Ferrier qui chante "Die Welt ist leer, Ich will nicht leben mehr" et je me réveille. Je guette ton souffle, ma main t'effleure. Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. » - Lettre à D., Histoire d’un amour, André Gorz. Je vous souhaite une journée où vos amours sont éternels.

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