• Marie Robert

Ceci est l’amour de l’art



Anthony Clarke est né en 1917 à Richmond en Angleterre. Après des études de droit, il travaille comme agent commercial. Il s’ennuie et préfère se plonger dans la lecture plutôt que de subir un quotidien qu’il juge sinistre. En 1939, Antony s’enrôle dans l’armée britannique et participe à la campagne d’Italie en tant que chef artilleur. La progression dans les villes italiennes est risquée et incertaine. Perçu comme un dandy par ses camarades de régiments, Anthony Clarke trouve toujours son salut dans les livres. Arrivé sur les hauteurs de Sansepolcro, le commandant du régiment ordonne que les canons pointent sur la ville alors encore aux mains des Allemands. Clarke est sérieux. Il procède à ses calculs et tire un premier obus pour régler ses tirs. Mais dans la nuit, il se souvient soudain d’un texte qu’il l’avait profondément marqué : « Chemin Faisant » d’Aldous Huxley. Dans l’une des pages, l’auteur parlait d’une peinture qu’il considérait comme étant « le meilleur tableau au monde ». Or, Anthony Clarke réalise que cette fresque n’est autre que la Résurrection de Pierro Della Francesca, se trouvant précisément conservée dans la ville de Sansepolcro, qu’il doit bombarder. Dilemme insoutenable. Désobéir et conserver l’œuvre ? Ou obéir et laisser la beauté être ensevelie par les méandres de l’histoire ? Anthony hésite et finit par trancher. Il ordonne l’arrêt des tirs, convaincu que l’art est la part immortelle de l’homme mortel, et qu’il ne peut disparaitre sans que l’humanité n’en soit à jamais affaiblie. L’amour farouche des livres, qui l’avait sauvé de tous les mots, renforça sa détermination. Quelques temps plus tard, après vérification et enquête de la cour martiale, on s’aperçut que les troupes allemandes avaient en réalité déjà quitté la ville et que le bombardement n’aurait de toute façon servi à rien. Anthony évita la prison. Et la fresque demeure aujourd’hui encore intacte. A propos de l’un des personnages présents dans l’œuvre, Albert Camus écrira : « C’est sur ce balancement qu’il faudrait s’arrêter, singulier instant où la spiritualité répudie la morale ».

1 vue0 commentaire

©2020 par Philosophy is sexy.