• Marie Robert

Ceci est inestimable.


Bien sûr, il y a la garde rapprochée. Ces individus à qui l’on pense chaque jour. Ceux qui nous fondent, nous portent, et engagent notre âme autant que notre corps. Ce sont ces liens que l’on dit « forts », nouant nos vies autour d’espaces que l’on souhaite voir perdurer pour toujours. Mais au-delà de nos socles et de ces intensités que sont parfois la famille, le couple, l’amitié, il y a aussi cette constellation, formée par des filaments presque invisibles, qui pourtant nous unissent en tant qu’individus, et peut-être même en tant que citoyens. Des liens ponctuels, qui ne supposent aucune obligation, ni aucun devoir. Ces fragments d’échanges, qui se manifestent au café, dans les transports, dans les magasins ou en commentaire sur les réseaux sociaux. Certains nous traversent, sans laisser de trace, d’autres nous marquent, nous bousculent, nous bouleversent, et finissent par compter. Les individus deviennent des connaissances, étrangement diversifiées, qui vont du marchand de journaux au profil instagram que l’on aime consulter. On développe peu à peu une relation affective qui se dispense d’intimité. Nous aimons les suivre, savoir ce qui leur arrive, leur adresser un mot. Ce qu’ils dégagent ou évoquent, mettent en perspective notre quotidien. Le concept de « liens faibles » a été inventé en 1973 par le sociologue américain Mark Granovetter. Mais c’est la philosophe Sandra Laugier et le chercheur Alexandre Gefen, qui renouvèlent la réflexion et lui confèrent une dimension éthique et politique. Car ces liens sont aussi des formes contemporaines d’attachement et d’attention aux autres. Une manière de créer du collectif, de reconnaitre l’existence d’autrui et de s’extraire d’un système où tout se consomme car ici, il n’y a aucun bénéfice à tirer. Combien d’entre nous ont ici même demandé un conseil, une recommandation et ont reçu des dizaines de réponses ? Combien d’entre nous adressent chaque jour un mot à leurs voisins ou à leur boulanger ? Ces liens faibles sont des rubans. Les signes d’une humanité qui ne fait pas que se détruire, mais qui sait, aussi de temps en temps, se cajoler. Je vous souhaite une journée de liens.

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