• Marie Robert

Ceci est bien plus qu’un coup de colère



C’est un hurlement. Hier, lors d’une dédicace au Cap Ferret, un homme d’environ 70 ans, chevelure soignée et chemise apprêtée, lève la main. A la clé une question qui se veut anodine : « Mademoiselle, vous avez mis Simone de Beauvoir dans votre livre, mais bon, soyez honnête, elle n’est pas vraiment philosophe quand même ! ». Petit rire entendu qui cherche la complicité de l’assistance. Non bien sûr, Simone de Beauvoir n’est pas « vraiment » philosophe, toutes mes excuses cher Monsieur. Elle met des turbans, elle boit des cafés au Flore, et elle supporte Jean-Paul Sartre. Le reste du temps, elle badine, elle s’amuse en écrivant le « Deuxième sexe », un prétexte sans doute pour faire parler d’elle, pour se donner en spectacle. Diable, combien de temps encore faudra-t-il faire face à cette rengaine incessante ? Quel rapport au monde se joue dans cette remarque ? Dans cette curieuse classification ? La misogynie de ceux qui se pensent savants, à l’abri des remarques et des menaces de « me too », mais qui ne cessent d’user de condescendance à l’égard d’une femme qui a l’audace d’être en dehors du cadre dans lequel ils ont décidé de l’enfermer. Que répondre à cet individu si ce n’est lui offrir Simone de Beauvoir ? Elle qui dans chacune de ses analyses, dévoile le curieux mécanisme qui consiste à faire de la femme un individu résolument plus faible que l’homme. J’ai confiance en la génération à venir, en ces filles et ces garçons qui sauront retenir cette parole : « La femme libre est seulement en train de naître ».

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