• Marie Robert

C’est une lisière



J’étais à Morges lorsque j’ai découvert les premières pages de Monica Sabolo. En Suisse, au bord de ce lac devenu un personnage, prête à entendre les hurlements de l’eau, insupportablement calme. Lire Monica pour moi n’a rien à voir avec une mondanité de rentrée littéraire. Car quelque soit la couverture blanche qui l’accueille, c’est bien le mystère et l’aridité que je cherche dans ses mots. Pas de bavardage grandiose, juste cette manière si singulière de décrire l’adolescence. C’est un groupe de filles qui se recoiffent dans les toilettes, un baume dont on enduit ses lèvres, une jupe en jean, une main sous un pull, un désespoir sauvage qui tente d’habiter l’ennui. Personne ne décrit aussi bien la violence qui se joue à cette frontière entre deux âges, entre deux peurs, entre deux mondes. La surface luisante et les profondeurs. Dans « Éden », le lac laisse place à la forêt, l’épaisseur de l’indicible se fait encore un peu plus dense. Chaque virgule nous emmène dans l’obscurité, au cœur de cette jeunesse exempte de naïveté. Les origines, la perte, les esprits, le corps, l’abandon, le sexe, la souffrance, l’injustice, la honte, le dédain... Monica aiguise, génie furieux, un portrait de l’adolescence d’une bouleversante justesse. « Comment les flics auraient-ils pu comprendre que des garçons puissent courir sans aller nulle part, juste pour être ensemble, parce qu’il n’y a rien à faire, ici, rien d’autre que courir jusqu’à devenir le vent, la nuit, et l’univers tout entier ? Que l’on puisse courir, pour éprouver des muscles, sentir sa force, sa puissance, alors même que le jour on n’est rien, on a aucun avenir - que l’on puisse courir pour l’ivresse, la classe, le combat, et non pas pour s’enfuir ? ». Monica, merci pour ça.

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