Ceci n’est pas une montre. (L'accélération du temps) 

Aujourd’hui, sort un nouvel épisode de mon podcast sur l’accélération du temps. Cet ultime symbole de notre modernité, au rythme toujours plus immédiat, toujours plus effréné. Comme si, à défaut d’agir, il fallait sans cesse réagir, trancher, commenter, occuper, et surtout, transformer le vide en tumulte en laissant la vitesse nous griser. Quelle ironie de proposer cette parenthèse philosophique en plein confinement. Mais au fond, celui-ci a-t-il réellement modifié notre cadence ? Le monde est certes ralenti, mais est-ce le cas de nos existences ? Combien d’injonctions, d’obligations, de contraintes suffocantes traversons-nous dans le repli de nos appartements ? Combien de pensées se chevauchent, s’entrechoquent, nous faisant oublier l’instant ? Combien d’impératifs viennent distordre notre durée intime et la piétiner au profit d’un temps qui se veut objectif ? Ces quelques minutes d’écoute auront peut-être le mérite d’interroger nos rythmes. Car avons-nous réellement l’impression, comme le suggère Montaigne, de « vivre à propos » ? Il ne s’agit pas de nier les exigences auxquelles nous sommes tous soumis, mais plutôt, d’en appeler à notre aptitude à les ordonner, et parfois, à s’en défaire. Faisons appel à notre résistance. Ecoutons nos cadences subjectives, nos lassitudes, autant que nos envies. Ni oisiveté, ni euphorie, mais un tempo qui nous ressemble. Faisons triompher nos besoins au lieu d’honorer nos volontés et sacraliser nos performances. Si chacun d’entre nous privilégie une juste mesure, alors nous inventerons sans doute d’autres symboles de la modernité. Un présent capable d’une juste complexité. Capable de nous laisser le temps de nous écouter et de respirer. Pas d’autres heures que la douceur.